Introduction du document d'orientation : thème 2 par Fabienne Rouchy
Chères et chers camarades,
Nous arrivons à la deuxième partie de notre document, nous allons continuer à débattre et décider fraternellement et démocratiquement de nos orientations sur le thème « Peser syndicalement sur les transformations du travail ».
2337 amendements ont été déposés par 307 syndicats.
Le projet qui vous est présenté est le fruit de leur étude attentive, et il a été largement enrichi des travaux des syndicats qui ont permis de précieuses améliorations.
Il s'inscrit dans la continuité des précédents congrès et n’annule ni les orientations précédemment votées, ni les repères revendicatifs confédéraux en vigueur. C’est pourquoi la commission n’a pas retenu les amendements qui reprenaient certaines des orientations déjà validées, des repères revendicatifs ou des revendications professionnelles, hormis pour expliciter certains paragraphes.
La commission, que nous remercions vivement, qu’il s’agisse des camarades désignés ou des secrétaires, qui toutes et tous ont travaillé d’arrache-pied dans des délais contraints et a intégré près de 83% des amendements reçus.
Ainsi, la commission a débattu des réalités du travail d'aujourd'hui, face auxquelles notre syndicalisme de transformation sociale et environnementale agit, dans un monde en perpétuelle évolution avec de nouvelles formes d'exploitation.
La CGT est aux côtés de celles et ceux qui subissent la dérégulation du travail par les plateformes, elle se bat avec les travailleuses et travailleurs sans papier qui en sont souvent les premières victimes, les aide à s’organiser, à lutter pour leurs droits et leur régularisation. L’exemple récent de la magnifique victoire des coiffeuses du 65 boulevard de Strasbourg, qui ont reçu leurs titres de séjour après 78 jours de grève, et que la CGT accompagne pour faire condamner leurs employeurs dans cette affaire de traite d’êtres humains, illustre toute l’importance du rôle que nous pouvons jouer et des combats que nous devons continuer à mener sur ces sujets.
Dans un autre domaine, le recours massif au télétravail, le déploiement extrêmement rapide des outils numériques et de l’intelligence artificielle, ont aussi fait l’objet de nombreux amendements : nous devons être au rendez-vous de ces évolutions, nous outiller pour porter avec les salarié.es un encadrement par la puissance publique et le renforcement de leurs droits d’intervention. Ces nouvelles technologies doivent en effet être sources de progrès social et environnemental et non d’asservissement et de perte de sens.
L’affaiblissement des services publics, en particulier de proximité, le statut protecteur pour les agent.es qui les assument comme pour les usager.es ont aussi donné lieu à de nombreuses propositions. Et si la commission n’a pas pu reprendre toutes les revendications dont l’intégration dans le texte était demandée, nous avons résumé l’essentiel afin de rendre le texte plus concret et plus précis.
Les services publics, ces biens communs qui sont le patrimoine de celles et ceux qui n’en ont pas, que nous voulons réimplanter là où ils n’existent plus et renforcer partout où ils sont affaiblis, sont de puissants leviers de transformation sociale et environnementale. Les protéger et les développer est vital pour assurer la réponse aux besoins sociaux et écologiques de la population.
Aujourd’hui, et vous l’avez rappelé dans vos amendements, de grands services publics doivent être rendus opérationnels pour par exemple la santé et l’action sociale, la protection sociale, l’emploi ou encore l’énergie. Ce sont des piliers de notre démocratie et de la cohésion sociale, dont nous voulons engager la reconquête en construisant nos propositions et le rapport de force nécessaire.
Le projet qui vous est soumis propose que nous décidions ensemble d’organiser avec les fédérations concernées les Etats généraux des services publics, et de lancer une grande campagne pour leur financement que les libéraux prétendent impossible, alors que les aides publiques aux grandes entreprises sans contrepartie représentent chaque année plus de 200 milliards d’euros.
C’est le premier poste de dépenses de l’Etat. Il faut les soumettre à des critères économiques, sociaux et environnementaux, et leur utilisation doit faire l’objet d’un suivi démocratique. C’est possible, cela vient d’être mis en place en Bourgogne Franche-Comté grâce à l’action pugnace de la CGT, nous pourrions poursuivre l’objectif de le généraliser.
Et comme il n’y a pas de services publics sans industrie et vice-versa, notre plan d’action syndical pour l’industrie et l’environnement vient compléter nos axes revendicatifs et nos orientations. Au moment où des délocalisations, des fermetures de sites et des licenciements massifs interviennent dans ces secteurs, stratégiques pour beaucoup et cruciaux pour l’indépendance industrielle du pays, nous ambitionnons de sauvegarder et de renforcer l’emploi, de décarboner les modes de production et de les rendre plus respectueux du vivant.
Pour cela, nous voulons penser notre réaction aux effets du dérèglement climatique comme un enjeu collectif, social, de lutte des classes et démocratique. Nous voulons outiller nos militants, le livret environnement et les nouvelles formations qui viennent d’être finalisés y contribueront, pour les aider à débattre et à travailler avec les salarié.es des alternatives et des projets de territoires et de filières. Après le succès de notre initiative sur le “made in France” à Pont de Claix, présenter la carte de France de nos projets lors des deuxièmes états généraux de l’Industrie et de l’Environnement organisés au cours du prochain mandat, figurera parmi nos objectifs concrets, si nous le décidons ensemble.
Beaucoup de propositions des syndicats sont venues enrichir les paragraphes dédiés à ces sujets, rappelant nos fondamentaux en termes de nationalisations nécessaires, de planification et de stratégie à définir démocratiquement, qui doivent être coordonnées et mises en place par l’Etat et les collectivités.
Une de nos préoccupations majeures sera aussi de poursuivre la bataille contre les ordonnances Macron, pour davantage de droits d’intervention des personnels et de leurs représentants sur tous les lieux de travail. Le rétablissement des CHSCT notamment, pour lutter contre les maladies professionnelles, les accidents et la mortalité au travail qui sévit dramatiquement dans le pays. Le renforcement des politiques de prévention et des moyens pour leurs acteurs en est un également.
Nous nous engagerons collectivement, si vous êtes d’accord, à mener une grande campagne sur les conditions de travail pour en faire un enjeu majeur de société et pointer la responsabilité patronale. Et si l’on parle d’impacts des épisodes climatiques extrêmes, au sortir d’une période de fortes chaleurs qui a vu, de nouveau, des salariés.es perdre la vie du fait de conditions de travail intolérables, nul doute que la lutte des camarades de la construction, qui a contribué à ce qu’un décret sur le sujet soit ratifié en 2025, mais qu’il faut encore améliorer, nous montre la voie.
Il faut donc mieux protéger les travailleuses et les travailleurs. Et cela, 80 ans après la création de la sécurité sociale, c’est prendre conscience de la nécessité absolue de reconstruire des solidarités, en socialisant davantage pour une protection sociale optimale, un 100% sécu qui intègre, entre autres, la retraite à 60 ans à taux plein, la reconnaissance de la pénibilité des métiers et les régimes pionniers à reconquérir.
Cette sécurité sociale intégrale que nous défendons, interlocuteur et payeur unique qui garantit des droits collectifs pour toutes et tous, de la naissance à la mort, suppose comme le disait Ambroise Croizat que chacun cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins. Fondée sur un système simplifié, clair et accessible, qui renforce les droits existants et en intègre de nouveaux, comme la prise en charge de l’autonomie dans la branche maladie, a toujours été au cœur de nos orientations et figure explicitement dans nos repères revendicatifs confédéraux qui les complètent, et que nous ne pouvons pas tous réinscrire dans notre texte.
Elle s’articule avec la sécurité sociale professionnelle, à laquelle il est indispensable d’ajouter une dimension environnementale. La sécurité sociale professionnelle prévoit, par exemple, un service public de l’emploi rénové, la responsabilité sociale du donneur d’ordre vis-à-vis de ses sous-traitants, la responsabilité financière des entreprises pour accompagner les reclassements ou le financement, par des aides publiques à l’emploi, d’une caisse de sécurité sociale professionnelle gérée démocratiquement. Il ne s’agit donc pas, par exemple, de faire financer la transition écologique par les cotisations des travailleur.ses, ni de considérer, à ce stade, que le 100% sécu peut tout englober.
C’est le Nouveau Statut du Travail Salarié qui matérialise un socle commun de droits attachés à chaque salarié.e, garantis collectivement et de manière interprofessionnelle, transférables d’une entreprise à l’autre du début à la fin de la carrière. Parmi ces droits figurent le droit à continuité progressive de salaire, de carrière, de formation.
Nouveau statut du travail salarié et sécurité sociale professionnelle participent ainsi à dépasser le lien de subordination entre le salarié et son employeur : nous affirmons là que ces droits ne doivent plus dépendre du contrat de travail mais être attachés au travail réel et donc à la ou au salarié.e.
Mais ces concepts ne sont pas tous complètement compris ni partagés, les très nombreux amendements reçus en témoignent, malgré les journées d’études déployées en territoire au cours du mandat écoulé. Des amendements ont proposé de dresser le bilan de l’appropriation de ces repères revendicatifs, la commission a fait le choix d’inclure davantage d’explications dans le texte et propose de mettre en place rapidement un travail collectif d’approfondissement de ces sujets, en lien avec le 100% sécu, et de pousser les débats en poursuivant la mise à jour des repères revendicatifs confédéraux entamée lors du mandat qui s’achève.
Notre ambition est bien la réponse aux besoins des travailleuses et des travailleurs et de la population, au sein de laquelle les inégalités ne cessent de croître, en particulier du fait de l’appauvrissement de celles et ceux qui créent les richesses. Alors que les dividendes du CAC 40 explosent, le capitalisme est renforcé par l’offensive idéologique d’extrême droite, portée par le Rassemblement national et ses alliés, ces ennemis du monde du travail dont nous combattons avec force les idées.
Enfin, lutter toutes les discriminations, pour l’augmentation des salaires et des pensions, pour les 32 heures hebdomadaires sans perte de salaire, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, contre la répression syndicale, pour la paix et pour les libertés, changer la société par sa base pour la rendre inclusive et la transformer au bénéfice de toutes et tous, pour que reviennent à celles et ceux qui les créent leur juste part des richesses, voilà notre ambition, voilà ce que nos orientations disent de notre projet pour les trois ans à venir.
Soyons fiers d’être en capacité de formuler toutes ces propositions, d’en débattre et de décider toutes et tous ensemble, merci mes camarades pour votre écoute, vive le 54ème congrès, vive la CGT et à vous la parole !
Résultats des votes du document d'orientation thème 2
Le thème 2 a été adopté par 78,98% des votants