Rapport financier par Laurent Brun
Cher.e.s camarades,
« Le politique prime et l’intendance suivra ». Voilà une expression qui fait débat depuis des années dans l’organisation. Elle traduit la primauté du revendicatif, qui est une évidence.
Mais elle a trop souvent été interprétée ou réduite à une relégation des questions financières au second plan de nos préoccupations.
Pourtant, l’intendance fait partie du politique. La bataille financière est un élément constitutif de la lutte entre les classes.
En décidant de payer une cotisation et de la partager, en allant chercher toutes les ressources auxquelles nous avons droit, nous garantissons l’indépendance de la CGT, sa capacité à affronter les défis revendicatifs et à être réactive à l’actualité.
Quelques exemples pour illustrer ce principe :
- En matière d’indépendance, nous pensons souvent au domaine politique. Mais ce n’est pas le seul sujet chaud. Tous nos ordinateurs, nos réseaux, nos logiciels fonctionnent sous windows.
Nous sommes dépendants de la technologie de multinationales dont l’actualité nous rappelle que leurs propriétaires n’hésitent pas à les utiliser selon leurs objectifs politiques, qui sont très éloignés des intérêts de la classe ouvrière.
Nous pourrions décider de basculer sur des logiciels libres, de nous organiser pour aider toutes nos structures à le faire, mais cela suppose d’en avoir les moyens.
- Autre exemple, nous dénonçons à juste titre la concentration des médias, de l’édition et de la distribution littéraire ou cinématographique dans les mains de quelques milliardaires. Nos syndicats mènent et vont mener des luttes dans ces secteurs.
Mais pour empêcher l’extrême-droite de gagner l’hégémonie culturelle, la CGT pourrait décider de renforcer encore ses journaux, de soutenir des créateurs pour rendre possible des créations sur des thèmes progressistes (par exemple nous l’avons fait sur le film des 130 ans de la CGT qui est passé sur France 3 et nous le faisons pour le film sur Ambroise Croizat). Nous pourrions aussi développer de nouveaux médias, notamment numériques. Tout cela nécessite beaucoup de moyens.
- Dernier exemple, nous devons pouvoir réagir vite : organiser une conférence sur le « made in France » en Isère pour dénoncer la purge que le patronat impose à l’industrie et sauver le projet des camarades de VENCOREX, faire fabriquer du matériel à distribuer sur le Tour de France pour soutenir le projet de nationalisation des camarades d’ARCELOR, pouvoir déclencher un meeting contre la répression syndicale et faire venir des dizaines de nos camarades pour dénoncer ce qu’ils et elles subissent et aussi dénoncer la mise en examen de notre secrétaire général. Tout cela ne repose pas que sur la confédération. Mais il faut des moyens pour l’organiser.
La culture d’orga, le principe de responsabilité, nous impose de mettre des moyens en face de nos ambitions. On ne peut pas lancer en l’air de grands principes et espérer que la fée clochette leur donnera corps.
La bataille financière, lorsqu’elle est menée, nous permet de ne pas en rabattre sur nos ambitions, mais pour cela il faut aborder la question dans nos réunions et l’intégrer à notre démarche revendicative.
Dans les syndicats et les organisations, il ne suffit pas d’équilibrer les comptes, il faut aller chercher plus de moyens pour financer de plus grandes ambitions.
D’autant que nous affrontons des adversaires qui ont des moyens eux aussi.
Les organisations patronales ne sont pas astreintes à la même transparence que nous, mais les ressources du MEDEF, en incluant ses fédérations professionnelles, ses unions régionales et locales, atteignent probablement le milliard d’euros.
C’est ce qui lui permet par exemple de louer des lieux prestigieux dans presque tous les départements pour faire la promotion de la réforme des retraites en 2023 auprès des associations et élus politiques.
C’est également ce qui permet à la CPME d’inviter 4000 patrons au Parc des Princes le 25 juin.
Nous ne visons ni les mêmes objectifs, ni les mêmes publics, mais la CGT doit mener la bataille militante - et financière - pour pouvoir rivaliser.
Je ne vais pas plus loin sur ce sujet. La conception des finances de la confédération s’articule autour de nos ambitions revendicatives.
Passons donc aux chiffres.
Vous avez reçu le rapport financier qui couvre les exercices 2022, 2023 et 2024. Les comptes qui vous sont présentés font état de déficits importants.
L’objectif que nous nous sommes assignés dès le début du mandat était de faire des économies globales, tout en augmentant certaines dépenses dédiées à l’action revendicative, et surtout de trouver des ressources nouvelles pour revenir à l’équilibre de nos comptes.
Nous sommes passés d’un déficit de 5,3 millions d’euros en 2022, à un déficit de 2 millions en 2023, et enfin un déficit de 0,5 millions en 2024.
Bien que les comptes ne soient pas encore clos, l’expert-comptable de la confédération nous a fait savoir que l’exercice 2025 devrait aboutir à un excédent de plus de 900 000 euros. Nous sommes donc en bonne voie pour tenir nos objectifs. Le sujet n’est pourtant pas clos car nous avons voté un budget 2026 en équilibre qu’il sera difficile de tenir.
Dans le domaine des économies, nous avons renégocié beaucoup de contrats (sur le site web de la confédération, les logiciels métiers, la revue de presse, les sous-traitants liés à l’entretien, la communication, le publipostage, les fournitures et autres…), nous avons acheté des appartements pour cesser de perdre de l’argent dans des locations, nous avons réinternalisé certaines tâches, et nous avons sécurisé le placement des réserves de la confédération sur des parts sociales plutôt que sur des produits financiers.
Du côté des dépenses, des moyens supplémentaires ont été attribués pour renforcer le pôle presse et la coordination des luttes afin de répondre aux objectifs politiques de la direction confédérale. Cela a été efficace parce que cela a amélioré la visibilité de la CGT et nous a permis de mieux accompagner des dizaines de luttes emblématiques.
Nous avons aussi engagé des moyens dans différents colloques sur l’industrie, l’extrême-droite ou des initiatives externes et repris l’organisation annuelle des journées du Handicap. Nous avons soutenu plus fortement notre société de presse NVO en augmentant sa subvention.
Nous avons financé la relance et le boucage de la V2 du cogitiel, dont nous avons le plaisir de confirmer la sortie, vous pouvez découvrir le logiciel sur le stand de la vie syndicale dans l’espace de la maison confédéral. Et nous avons géré les aléas comme l’inondation de Courcelles. Ce ne sont que quelques exemples.
Enfin nous avons trouvé des recettes supplémentaires, notamment via des partenariats avec des prestataires. C’est pour cela que vous avez eu sur table un « guide des partenaires ».
Il s’agit d’une liste d’entreprises qui fournissent des services utiles à l’activité syndicale, comme les expertises comptables, la vente de goodies, la communication, ou autres. Ces entreprises connaissent la CGT et sont donc à même de mieux nous aider. Elles sont présentes avec des stands dans l’espace Partenaires que je vous invite à aller voir pour identifier ce qui pourrait aider votre syndicat ou votre organisation.
Vous avez un certain nombre d’explications dans le rapport sur les économies, les dépenses, et les réserves, donc je ne détaille pas plus.
Une explication spécifique est nécessaire sur les redressements de TVA et d’impôts locaux qui ont fait l’objet d’articles de presse pas toujours bien intentionnés. Il ne s’agit pas de procédures contentieuses. L’administration fiscale nous a contacté pour procéder a des contrôles et elle a reconnu notre bonne foi pour nous remettre en règle, donc nous n’avons pas été sanctionnés, nous avons juste payé ce que nous devions.
À cette occasion nous avons corrigé des décisions qui ont été prise il y a 12 ans, voire à la construction de la bourse nationale du travail en 1982. Je suis disponible pour expliquer plus en détails le dossier aux organisations qui le souhaitent.
Dès 2023, la direction confédérale a déclenché un audit sur nos procédures et nos comptes. Nous avons amélioré beaucoup de choses du point de vue des règles comptables mais il reste encore beaucoup de travail sur les finances et sur notre fonctionnement administratif, notamment sur l’efficacité dans le traitement des factures de formation, ou encore le respect des règles RGPD.
Au-delà de ces éléments, j’attire votre attention sur trois points :
Tout d’abord la cotisation. Comme vous l’avez vu, c’est LA ressource principale de toute la CGT.
Son poids dans les comptes des structures varie, mais au global, elle représente deux tiers des moyens de la CGT.
Donc quand nous nous renforçons et que nous appliquons le 1%, la CGT se porte bien.
Je ne détaille pas nos problématiques parce que le comité cogetise y reviendra mais encore trop de syndicats ne fixent la valeur du timbre qu’à l’adhésion sans les revaloriser ensuite. Des syndicats pratiquent des forfaits, ou décident de déclarer des cotisations inférieures à ce qu’ils perçoivent, ou de ne pas reverser tous les timbres.
Nous devons respecter nos règles statutaires, ce n’est pas négociable, et c’est l’intérêt de tous et toutes.
La CGT n’a pas besoin d’être soldée. Nous devons probablement expliquer l’ampleur de ce qu’elle fait, et l’utilité de la mutualisation de 1% de nos salaires pour le financer, mais aucune organisation ne devrait avoir le droit de s’affranchir de ces règles qui ont été validées collectivement.
Menons la bataille du renforcement et du 1% résolument, parce que - je l’ai déjà dit - c’est un élément de la lutte des classes.
Je veux ensuite attirer votre attention sur la formation, et en particulier la formation des élus CSE (je ne néglige pas les autres formations mais elles sont plutôt abordées dans le document d’orientation).
Certains stages à destination des élus sont financés par les employeurs ou par le CSE. C’est un droit arraché par les luttes. Nous avons également fait reconnaitre notre institut confédéral de formation pour réaliser ces formations.
C’est non seulement un enjeu politique – c’est la CGT qui doit déterminer le contenu des formations dispensés à ses élus pour mener l’activité CGT – mais c’est aussi un enjeu financier.
Or sur 14 000 élus CSE que compte la CGT, nous n’en formons que 24% par cycle de 4 ans dans les structures de la CGT. Trop d’élus ne se forment pas, se forment dans des cabinets d’expertises, ou encore pire, se forment dans les stages proposés par les patrons !
Nous devons être plus exigeants avec nous-mêmes.
La confédération et les organisations doivent améliorer certains aspects pour pouvoir accueillir tout le monde, mais nous devons avoir l’exigence absolue que nos élus se forment dans nos structures, conformément à nos règles.
Pour finir je me dois de vous alerter sur la sécurisation de l’organisation face à l’extrême-droite. Qu’elle prenne le pouvoir ou pas en 2027, elle est déjà une menace.
Dans les pays qu’elle gouverne, les attaques contre le syndicalisme sont systématiques, même si elles prennent des formes diverses. C’est également un point abordé par le document d’orientation donc je ne vais développer que sur notre vie financière et statutaire. Si nos statuts ne sont pas à jour notamment sur les périmètres, que nos équipes dirigeantes issues des congrès ne sont pas déclarées, que nos comptes ne sont pas publiés, nous nous exposons au harcèlement administratif qui est une constante des pouvoirs autoritaires.
La CGT n’a jamais eu peur de la clandestinité, mais se mettre en difficulté pour une négligence, c’est autre chose. Je vous adresse donc un appel solennel : faites en sorte que votre syndicat, votre UL, votre UD, votre fédé ou autres, offre le moins de failles possibles à nos adversaires pour nous affaiblir collectivement.
Vous l’aurez compris, et je le répète, la bataille financière est un élément constitutif de la lutte des classes.
Un dernier petit mot pour remercier les membres de la Commission Financière de Contrôle, le Comité Cogetise et le personnel de l’administration confédéral : merci pour votre travail tout au long de ce mandat.
La Direction Confédérale a tenté d’améliorer la situation financière, règlementaire et patrimoniale de la CGT sur les 3 dernières années. Ce travail est désormais soumis à votre jugement.
Si vous y consentez, nous le poursuivrons pour nous doter des moyens appropriés à nos ambitions, créer de nouveaux outils utiles à la CGT, et affronter toutes et tous ensemble les défis des 3 prochaines années.
Je vous remercie.