Conclusions du meeting sur la paix

Temps de lecture : 8 min.
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Publié le 31 mai. 2026
Conclusions de Sophie Binet du meeting sur la paix le 31 mai 2026 en amont du 54e congrès de la CGT à Tours.
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Cher·es camarades,

D'abord, je tiens encore une fois à vous remercier de votre présence et de vos interventions lors de notre congrès.

Vous écouter, ça nous rend humble. Ça permet de rencontrer des organisations syndicales qui comme en Inde sont en capacité de mettre 300 millions de travailleurs en grève.  Des camarades qui, de l’Ukraine à la Palestine en passant par l’Iran, ou le Liban, militent sous les bombes, des camarades qui gardent la tête haute sous une répression violente comme au Bélarus, ou dans un dénuement total comme dans de très nombreux pays africains ou à Cuba.

Vous écouter, renforce notre colère et notre détermination à agir.

"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage". La phrase de Jean Jaurès n’a jamais été aussi juste. 
C’est pour empêcher les guerres, pour nous coordonner contre la spoliation capitaliste et contre la colonisation que nous nous sommes organisés au plan international dès notre naissance, il y a plus de 130 ans.

Nous n'avons malheureusement pas réussi à empêcher les 2 guerres mondiales. Nous avons cependant bataillé au lendemain de chacune d'entre elles pour que des institutions et des principes forts de droit international soient mis en place pour empêcher que l'histoire ne se répète.

Aujourd'hui, 80 ans après la victoire contre le nazisme, l'histoire semble encore une fois bégayer. C’est tous les instruments de paix et de multilatéralisme qui sont attaqués : l’OIT, l’ONU et le droit international.  

A la guerre sociale menée par les multinationales s'ajoute désormais une guerre environnementale, une guerre démocratique et la multiplication des guerres au sens propre, c’est-à-dire militaire.  Un travailleur sur dix vit dans une zone de conflit, c'est inédit. Je veux ici rappeler à nouveau à nos frères et sœurs palestinien·nes, ukrainien·nes, iranien·nes, libanais·es, yéménites, soudanais·es, habitant·es de République Démocratique du Congo et tant d'autres, notre solidarité totale.   Guy, ton appel est bien reçu. Il nous faut en permanence être vigilants à l’invisibilisation de multiples conflits, notamment les conflits en Afrique dont nous sommes directement responsables car ils sont liés aux conséquences de la colonisation.

Ces guerres sont le fait de l’internationale d’extrême droite, de Trump, Poutine et Netanyahou, soutenus par le capital , qui veulent remplacer le droit international par la loi du plus fort ou plutôt du plus riche.

Les travailleurs en paient déjà le prix fort avec l'explosion du coût de la vie et l'augmentation des dépenses militaires au détriment du budget des services publics, de la protection sociale et de la transition environnementale.

Pas question de nous limiter à être les spectateurs de ces désordres du monde. 

Les débats que nous avons eu aujourd'hui, ceux que nous aurons toute cette semaine, visent à définir ce que peut et doit faire le syndicalisme.

L'objectif c'est de nous doter d'une stratégie pour agir pour la paix, contre les multinationales et contre l'internationale d'extrême droite.    

Nous avons pour cela besoin de renforcer considérablement notre coordination à l’échelle internationale. Nos organisations internationales, la CSI, la CES, manquent cruellement de moyens humains et financiers, confrontés encore aujourd'hui à l'illusion de certains syndicats nationaux que certains pourraient s'en sortir seuls. Il s'agit d'une erreur stratégique majeure. Nous sommes confrontés aux mêmes multinationales, à la même internationale d'extrême droite. Jamais nos destins n'ont été autant liés.

Une défaite dans un pays est une défaite pour tous et toutes.

C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, nous le disons très clairement, nous ne laisserons rien passer :

  • Nous ne laisserons pas Trump prendre le contrôle du Groenland ou semer le chaos à Cuba ;
  • Nous ne laisserons pas Poutine annexer l’Ukraine ;
  • Nous ne laisserons pas Netanyahou, commettre son génocide. Il doit être sanctionné !

A l'inverse, une victoire dans un pays, le fait que nos camarades espagnols, mexicains ou brésiliens réussissent à ce que leurs gouvernements mettent à l'ordre du jour des progrès sociaux et résistent, nous ouvre des perspectives à tous et toutes.

Nous avons des histoires, des pays, des traditions syndicales très différentes, c’est ce qui fait notre richesse. Mais ce nouveau contexte fait tomber toutes les anciennes barrières, tous les anciens blocs. Par-delà leurs intérêts géopolitiques qui peuvent être différents, les régimes autoritaires, ont un intérêt commun. Celui de remplacer le droit international par le deal des grandes puissantes dont ils font partie. Celui de s'assoir sur le droit des peuples et sur les principes démocratiques.

L'intervention américano israélienne en Iran le confirme. Qui en sont les grands gagnants ? La Russie qui a gagné la levée des sanctions sur son gaz et son pétrole, le régime des mollahs qui peut réprimer en toute impunité et Benjamin Netanyahou qui peut encore une fois faire taire toutes les voix dissidentes et organiser l'union nationale contre l’Iran.

Qui en sont les grands perdants ? Les peuples et les travailleur·euses. Les iraniens, les libanais, les palestiniens qui sont sous les bombes mais aussi les russes et les israéliens qui voient leurs libertés et leurs droits sociaux remis en cause.

C'est la raison pour laquelle nous avons besoin de travailler pour rassembler toujours plus les travailleurs et travailleuses à l'échelle mondiale sur une base très simple : l'indépendance vis à vis du patronat et des gouvernements. C'est pour cette raison que la CGT a figuré, en 2006, parmi les membres fondateurs de la CSI – et je veux saluer le rôle très important joué par Louis Viannet puis Bernard Thibault, ici présent, - permettant de dépasser les divisions héritées de la guerre froide.  Vingt ans après, l'heure est venue de la renforcer encore aujourd'hui, en travaillant à ce que de nouvelles organisations la rejoignent.

Le plan de la CSI pour la paix est une excellente base pour travailler cela. Grâce à ce plan de bataille, 340 organisations de 169 pays peuvent se coordonner pour agir.

Mesurons la force que cela signifie : 340 organisations qui groupent directement 191 millions de syndiqués représentent des milliards de travailleurs et de travailleuses et sont présents dans 90% des pays du monde !

En agissant ensemble, nous avons la possibilité de soulever des montagnes !  

En France, à nous de nous en emparer de ce plan et de le décliner, en lien avec nos syndicats. Et soyons clairs. Si nous avons les mêmes problèmes, nous n'avons pas les mêmes responsabilités, ni les mêmes leviers d'interventions. D’où viennent les richesses des pays du nord ? Des guerres coloniales. D'où viennent les armes qui inondent le monde ? Des pays du Nord. Qui est responsable du réchauffement climatique, de la spoliation des ressources naturelles et de l'exploitation des travailleurs ? Les multinationales occidentales et les instruments financiers et commerciaux internationaux à commencer par le FMI et l'OMC qui ont pris le relais des régimes coloniaux. Les échanges avec nos camarades africains comme avec ceux des DROM COM nous confirment que le colonialisme, loin d’être une histoire passée, pèse encore aujourd’hui très concrètement !  

Et nous avons, nous français, des responsabilités très particulières :

  • Des responsabilités d’une ancienne puissante coloniale, qui l’est encore dans un certain nombre de territoires, à commencer par la Kanaky ;
  • Des responsabilités d’un pays qui fait partie des rares membres permanents du conseil de l’ONU ;
  • Des responsabilités d’un pays qui est le 2ème exportateur d’arme mondial. 

Alors oui, nous devons agir pour que la France et l’Europe sortent de la fuite en avant dans les armements. Comme l’a encore une fois démontré Bertrand Badie, jamais depuis 1945 une grande puissance n’a gagné une guerre. Pour sécuriser nos pays, c’est la cohésion, la démocratie et la justice sociale qu’il faut renforcer. La surenchère guerrière, en vampirisant les budgets sociaux, en cassant les services publics, a le résultat inverse ! Elle accélère les crises ! Elle accélère les guerres !

Maintenant, je le dis, pour que ce plan de bataille soit effectif, il faut qu’il s’appuie sur des mobilisations avec une stratégie coordonnée au plan international. C’est ce que nous avons besoin de construire désormais. En France, nous avons systématiquement appelé à la mobilisation et multiplié les initiatives pour dénoncer le génocide en Palestine, l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'intervention américaine au Vénézuéla, l'agression israélo américaine de l'Iran et du Liban. Nous avons organisé des initiatives de solidarité, avec une grande collecte pour l'UNRWA, l'affrètement de trains pour l'Ukraine, l'exfiltration de camarades afghan·nes, la livraison de nombreux containers pour Cuba. Cependant, il faut que nous nous parlions franchement, le niveau de mobilisation n'est pas satisfaisant, nous peinons à impliquer nos syndicats.

Pour élargir, il nous faut partir des conséquences sociales des guerres pour les travailleurs et les travailleuses, de l'augmentation des prix et de la vampirisation des budgets sociaux par les dépenses militaires. 
Pour élargir la mobilisation, il nous faut montrer que nous n’avançons pas seuls, pas de façon isolé mais que nous nous coordonnons à l’échelle mondiale.

Nous avons d'ores et déjà des échéances très claires :

  • La conférence internationale pour la paix que la CSI a décidé d'organiser au printemps 2027 et pour laquelle nous proposons la France, comme pays d’accueil ;
  • Le 21 septembre, journée mondiale pour la paix. Coordonnons-nous pour en faire une grande journée de manifestation mondiale. Quel message extraordinaire aux travailleur·euses et au monde, si on prenait ici, l’engagement ferme ensemble que dans chacun de nos pays nous appellerons, ce jour-là, tous les travailleurs et toutes les travailleuses à se mobiliser pour la paix et la justice sociale ! 

Camarades, aujourd’hui l’heure est venue de répondre à l’appel de Bertrand Badie. La paix n’est pas la non-guerre :

  • La paix c’est l’émancipation et la dignité ;
  • La paix c’est la justice sociale ;
  • La paix c’est la démocratie ;
  • La paix, c’est le droit des peuples à l’autodétermination.

Ils veulent nous isoler, ils veulent nous opposer y compris sur les champs de bataille. Il n’a jamais eu autant de conflits mais nous n’avons jamais été aussi proches, aussi solidaires, aussi interdépendants.

Nous sommes une même humanité.

Alors mes camarades, par notre nombre, par notre solidarité, nous allons leur démontrer que nous sommes unis, rassemblés et déterminés pour la paix ! 

 

Voir la vidéo de la journée et la conclusion de Sophie Binet à 5:52:00 ⤵️

 

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